Des visions plutôt
que des visages 

Les campagnes électorales se suivent et, malheureusement, continuent à se ressembler. Nos sociétés sont en crise. Loin de n’être qu’économiques, ces crises sont également politiques, sociales et culturelles. Une de leurs dimensions centrales est le manque d’investissement du citoyen dans la chose publique. Cette situation entraîne un confinement de la politique dans les mains des élus. Or, une démocratie doit bien sûr être l'affaire de l’ensemble de la cité. Elle ne peut fonctionner sans accompagnement, sans contrôle par la société civile. La redynamisation de la citoyenneté, son réinvestissement de l’espace public est donc un enjeu majeur. Enjeu qui appelle au développement d’une culture de la participation, d’une culture de la politique qui redonne à celle-ci ses lettres de noblesse, en alimentant la conscience de cette réalité : tout problème de société est politique, et tout problème politique est un problème de société.

Au centre de cette réflexion, les campagnes électorales sont une responsabilité de l’ensemble de la société. Elles ne devraient en rien être le fait des seuls politiques, ce qui est malheureusement le cas. Il ne s’agit pas d’obtenir des sièges, mais d’agir suivant une vision de société plaidant pour l’égalité des droits et la justice sociale. Pour que, plutôt que des visages sur des affiches, ce soient des visions, qu’on nous propose, autour desquelles on débatte, élise et s’engage. Des visions qui ne viennent donc pas seulement des politiques, mais aussi de tous les acteurs de la société civile ; citoyens, associations et autres corps intermédiaires doivent pouvoir eux aussi faire campagne.  

Au cœur de ces défis se trouve la sphère médiatique. L’information est, pour toute société démocratique, l’oxygène qui permet de respirer socialement. Bien entendu, une série de questions se posent ici : les médias sont-ils à la hauteur des défis concernés ? Ont-ils l’indépendance nécessaire ? Qu’en est-il, à ces égards, des médias dits classiques et, d’autre part, de ceux qu’on peut considérer comme alternatifs ? Etc.

Cependant, les responsabilités à l’égard de l’information n’incombent pas qu’aux médias. Elles concernent également les politiques et, là aussi, les acteurs de la société civile organisées, ou encore les institutionnels. Ces divers acteurs ont à informer le citoyen sur leurs projets et visions, ainsi qu’à l’associer le plus possible à l’élaboration et à aux développements de ces politiques. La démocratie ne doit pas s’étouffer dans l’isolement et mourir dans l’isoloir…

Autour de ces enjeux et questions, ainsi que de bien d’autres, nous avons échangé avec une série d’acteurs médiatiques et politiques. Nous vous proposons dans ces pages une petite sélection de leurs réflexions, ainsi qu’une courte synthèse de celles-ci.

Nous avons rencontré des représentants des médias « classiques » comme « alternatifs », ainsi que d’autres acteurs liés au domaine. Au sujet des politiques, une attention particulière a été portée au niveau politique local, étant donné la proximité du prochain moment électoral, à ce niveau. Des membres de l’ensemble des formations en présence ont été consultés.

Par ailleurs, les élections communales sont notamment l’occasion, pour Carrefour des Cultures, de partager ses convictions et de vous proposer un plaidoyer.

Notons aussi que le mot « urnes » fait bien entendu référence à la participation, bien au-delà de la parenthèse électorale. Avec les moyens qui sont les nôtres, dans cette époque où l’espace public est dangereusement déserté, une époque dominée par des médias dont la visibilité est plus quantitative que qualitative, ainsi que par des politiques pour qui la parade semble plus importante que le débat et la co-création de vraies visions et projets, nous voulons tenter d’apporter une contribution à une campagne électorale différente, où toutes les composantes de la société s’engageraient et, ce faisant, investiraient réellement le débat de société et la construction de la cité. Une cité plurielle, ouverte à tous, fondée sur la justice sociale et sur une culture humaine. Nous espérons que cette contribution trouvera de l’écho et recevra des forces.

Carrefour des Cultures 

 

Journal de campagne