On se souvient peut-être de ce célèbre indicatif de radio Londres pendant la seconde guerre mondiale: « Ici Londres, les français parlent aux français »… Nous, ce serait plutôt : « Ici Namur, l’associatif parle à l’associatif ».

Certes, on est loin du conflit planétaire mais reste que la situation est plus que préoccupante. Le tissu associatif habille toute la Belgique. Il lui donne une grande partie de son image, de sa représentation.

La plateforme de soutien aux réfugiés, c’est la Belgique solidaire face à Fedasil dont le nom sonne comme un enfermement.

Justice4Mawda c’est la réponse citoyenne à l’usage abusif de la force policière qui a ôté la vie à une petite fille dont le nom veut dire « tendresse ». « Citizen cans », un collectif citoyen, interpelle les politiques pour intégrer les bénévoles dans la coordination humanitaire en faveur des sinistrés des récentes inondations…

On pourrait multiplier les exemples à l’infini dans tous les domaines de la vie sociale. On vous le disait : plus de 130.000 associations s’efforcent de colmater les brèches de la puissance publique. Prendre le pouls de l’associatif, c’est évaluer l’état de santé de notre société. Poser les (bonnes) questions, devrait permettre d’en établir un diagnostic fiable. Encore faut-il les poser aux « bonnes personnes » et que celles-ci soient en nombre suffisant et soient représentatives de la diversité des composantes associatives.

Après avoir interrogé des acteurs de premier plan sur l’identité de l’associatif puis sur les outils de coordination, nous avons voulu recueillir des avis et témoignages sur la relation amour-haine entre engagement et professionnalisation au sein de l’associatif. C’est l’objet du présent dossier qui ne constitue pourtant qu’un volet de l’action entreprise conjointement  par le Collectif 21, le Conseil bruxellois de coordination sociopolitique et Carrefour des Cultures.

En effet, un questionnaire a été adressé à plus de 1500 associations. La collecte des réponses est en cours. L’analyse des données suivra de même que la communication des résultats.

Mais ce que, dès maintenant, nous pouvons vous dire n’est vraiment pas un scoop : l’état de santé de l’associatif est à l’image de celui de la démocratie, de l’état de droit, de l’action politique… tout cela n’est vraiment pas bon. L’hétérogénéité de l’associatif lui permet tout ou presque mais c’est aussi sa grande faiblesse, une faiblesse que l’existence de plateformes ou de coordinations ne suffit pas à compenser. Le plaidoyer associatif est inaudible tout comme son auto-critique.

Certes - et fort heureusement - des voix citoyennes s’élèvent pour dénoncer telle ou telle situation, telle ou telle atteinte à l’état de droit ou aux droits humains mais à de notables exceptions près comme l’action du Miroir Vagabond, l’associatif ne pose guère de regard critique sur sa propre action. L’associatif fonctionne. L’associatif se bat pour son financement. L’associatif demande souvent, reçoit parfois…

Mais on attend toujours un plaidoyer qui permette, par anticipation, de développer une action politique en faveur de cette société repensée, ce « monde d’après » tant invoqué.

Un exemple ? Le projet de charte associative, ce projet d’accord entre la Communauté, la Région Wallonne, la Cocof relatif aux engagements de ces pouvoirs publics à l’égard de l’associatif, débuté en 2000, réveillé en 2013, n’a toujours pas trouvé de concrétisation, la faute aux tribulations politiciennes.

Et pourtant, ce texte met en avant l’indispensable relation sans instrumentalisation ni dépendance entre pouvoirs publics et associatif.

La volonté des partenaires est de s’appuyer sur l’enquête en cours pour relancer la dynamique du plaidoyer associatif, ils espérent vivement pouvoir vous associer à ce processus.